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la noue, montreuil et bagnolet · façades, mosaïques, reliefsaoût 2026

nOus / création collective

créer ensemble, renouveler les formes

comment les résidences artistiques populaires déplacent la création et la médiation

Une résidence artistique populaire fait se rencontrer des recherches d’artistes, des territoires et les personnes qui les habitent. Pour mOst, cette rencontre ne sert pas seulement à transmettre une technique ou à présenter une œuvre. Elle ouvre un espace où les manières de chercher, de fabriquer et de montrer peuvent être transformées par le travail commun.

Nous appelons création collective ce processus dans lequel plusieurs personnes contribuent aux matières, aux choix et aux formes d’une œuvre. La co-création ne signifie pas que tout le monde fait la même chose. Elle demande de préciser ce qui est partagé, ce que chacun·e apporte et comment les décisions se construisent.

C’est à cet endroit que nos résidences relient création artistique, médiation culturelle et droits culturels : dans la possibilité de prendre part à ce qui se cherche, et pas seulement à ce qui est déjà décidé.

« city des bulles », argenteuil, 2024
« city des bulles », argenteuil, 2024

le territoire entre dans la création

Un quartier n’est pas seulement un lieu où installer un atelier. Ses usages, ses rythmes, ses langues, ses souvenirs et ses transformations peuvent modifier le projet lui-même.

Une recherche sur la lumière rencontre les façades, les passages et les déplacements du soleil. Un travail de mémoire rencontre des archives familiales, mais aussi des silences, des récits contradictoires et des objets ordinaires. Une recherche sur l’image peut rencontrer une carte dessinée, une conversation enregistrée ou une matière textile.

Ces rencontres déplacent les questions de départ. Elles peuvent changer un protocole, une échelle, un matériau ou la manière d’adresser une œuvre. Les ateliers et les processus de co-création sont eux-mêmes une matière vivante : ce qui s’y dit, s’y essaie et s’y décide nourrit l’œuvre autant que ce qui s’y fabrique. Le territoire devient partenaire de création lorsque cette influence est possible, plutôt que lorsqu’il sert uniquement de sujet à représenter.

partager la recherche, pas reproduire un modèle

L’artiste arrive avec une pratique, une histoire de travail et une exigence de forme. Les habitant·es apportent des savoirs, des expériences, des gestes et des façons de raconter qui ne sont pas interchangeables.

La résidence cherche à mettre ces ressources en relation sans demander aux participant·es de reproduire un style. Apprendre à regarder, dessiner, enregistrer ou assembler n’est qu’une partie du processus. Il faut aussi pouvoir proposer un sujet, discuter un choix, reprendre une production et comprendre pourquoi une forme est retenue.

L’artiste ne disparaît pas dans le collectif. Sa capacité à proposer, à composer et à tenir une exigence reste déterminante. Mais sa proposition peut être interrogée et transformée par les contributions des autres. De la même manière, les personnes ne deviennent pas un groupe anonyme : leurs différences, leurs refus et leurs points de vue doivent pouvoir rester perceptibles.

de la participation à la composition

Produire beaucoup d’images, de textes ou de sons ne suffit pas à faire une œuvre collective. Un passage essentiel se joue ensuite : regarder ensemble, sélectionner, mettre en relation et donner une forme.

Quelle image ouvre la série ? Quelle voix entend-on ? Que fait apparaître un montage ? Que laisse-t-on de côté ? Une carte doit-elle réunir tous les points de vue ou montrer leurs écarts ? Comment un objet personnel peut-il être présenté sans perdre son histoire ?

Ces décisions sont artistiques. Elles engagent la construction d’un récit, mais aussi la place de celles et ceux qui y contribuent. Les partager, à des moments et selon des modalités explicites, permet que la participation influe réellement sur la forme finale.

La création collective n’exige donc pas une unanimité permanente. Elle demande un cadre de discussion, des responsabilités claires et la possibilité de comprendre les choix.

renouveler les formes : des opérations concrètes

Le renouvellement ne tient pas au simple fait d’ajouter plusieurs médiums. Il peut apparaître lorsqu’une manière de faire rencontre une situation qui la transforme.

Traduire. Une parole devient texte, un souvenir devient dessin, une photographie se déplace vers une matière transparente. La traduction oblige à choisir ce qui se conserve, ce qui change et ce qui résiste.

Assembler. Des archives, images contemporaines, objets et voix prennent place dans une même composition. Leur relation peut produire un récit qu’aucun élément ne portait seul.

Superposer. Des couches rendent visibles plusieurs temporalités ou plusieurs versions d’une histoire. L’œuvre n’est pas obligée de résoudre toutes les contradictions.

Changer d’adresse. Une production pensée pour un atelier peut devenir une installation, un film ou une exposition dans l’espace public. Ce changement engage le format, la circulation des regards et la manière de raconter.

Rendre le protocole partageable. Une recherche individuelle peut devenir une proposition que d’autres personnes s’approprient et modifient. L’enjeu n’est pas de simplifier jusqu’à l’appauvrissement, mais d’ouvrir la possibilité d’agir.

Ce sont ces opérations que nous cherchons à rendre possibles et à documenter.

la médiation dans le processus de création

La médiation culturelle prend des formes multiples. Dans les résidences de mOst, nous choisissons de la travailler comme une pratique qui intervient au cœur de la fabrication.

Une marche prépare une enquête. Une discussion aide à choisir un point de vue. Le visionnage d’images permet de comprendre un cadrage ou un montage. La préparation d’une exposition ouvre une réflexion sur ce qui sera montré et sur la place de chaque contribution.

On ne sépare pas alors complètement le temps d’apprendre et le temps de créer. Observer, essayer, se tromper, reprendre, comparer et exposer font partie d’une même expérience.

Cette approche ne fait pas de toute rencontre une œuvre. Elle permet de penser la relation avec autant d’attention que les matériaux : quels espaces de parole, quels gestes accessibles, quels rythmes, quels choix et quelles possibilités de désaccord ? La médiation devient une condition de création lorsqu’elle donne une prise réelle sur le processus.

« ce qui compte, c’est toute l’histoire », argenteuil, 2025
« ce qui compte, c’est toute l’histoire », argenteuil, 2025

des partis pris dans les résidences

Depuis 2023, mOst mène des résidences artistiques populaires en Île-de-France, à Marseille et à Rio de Janeiro. Chacune part d’un territoire et de la recherche d’un·e artiste, et invente sa propre forme. En 2024, une série de résidences a réuni Julie Rochereau, Virginie Gouband, Marie Mendes et Saïda Essafiry à Argenteuil, Bagnolet et Nanterre. Pour les résidences menées, nous décrivons ce qui s’est fait ; pour celles qui se préparent en 2026 à Argenteuil et aux Ruches, ce que leurs dossiers de conception proposent.

argenteuil, 2023 : revenir aux origines de la photographie

Avec la photographe Julie Rochereau, les enfants et les jeunes de la Cité Champagne et du centre-ville ont fabriqué leurs sténopés avec des boîtes de conserve, développé leurs images dans une chambre noire installée pour l’occasion et laissé le soleil révéler leurs cyanotypes. Remonter aux premiers gestes de la photographie a fait de chaque image un objet fabriqué ensemble. L’exposition « extension sauvage » s’est tenue sous les arcades de la Cité Champagne, puis au Musée Sauvage.

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argenteuil, 2024 : composer une fresque, déplacer la lumière

Dans la proposition de Saïda Essafiry, la fresque se construit à partir de matières produites avec les participant·es : écritures, photographies, dessins et enregistrements. Le travail ne se limite pas à réunir des contributions. Il prévoit de les regarder, de les relier et d’en composer un récit.

La proposition de Virginie Gouband part d’un autre geste : observer la lumière dans le quartier, puis agir sur elle avec des miroirs, des filtres et des surfaces réfléchissantes. Le tournage et le visionnage permettent de revenir sur les expériences avant de composer un film. Une recherche sur la perception devient ainsi un processus d’observation, d’intervention et de montage partagé.

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aubervilliers, 2024 : chercher la mer dans la ville

Au collège Jean Moulin, des élèves venu·es de Côte d’Ivoire, d’Algérie, d’Égypte, du Yémen, du Mali ou d’Afghanistan ont écrit leurs souvenirs d’eau, cherché ce qui rappelle la mer dans Aubervilliers, puis sont parti·es la voir au Havre. Photographies, images découpées et textes se sont assemblés en sept grands collages : la mémoire de chacun·e devient une composition commune.

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bagnolet, 2024 : le quartier pris dans le bleu

Avec Julie Rochereau, à La Capsulerie et à La Noue, les participant·es ont composé sur des plaques de verre, exposé à la lumière, révélé, puis regardé leur quartier à travers le bleu du cyanotype. Quatre cyanotypes sur verre ont été tirés en 120 × 80 cm, aux côtés de deux photographies d’archives de Bagnolet.

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argenteuil, 2025 : relier les histoires de vie et les strates de la ville

À Champagne et au Val Nord, la résidence de Laura Ben Hayoun et Dohyeon Eom a fait dialoguer deux échelles : les histoires de vie de celles et ceux qui ont rejoint la ville au fil du temps, et Argenteuil comprise comme une ville faite de couches qui se déposent et se transforment. Arpentages, visites d’appartements, collecte de récits et exploration d’archives ont relié mémoire intime et mémoire collective.

Photographie argentique 35 mm et moyen format, Super 8, dessin, écriture et montage ont fait apparaître des correspondances entre fragments de vies et fragments de ville. La restitution a circulé de Champagne au Musée Sauvage, à la médiathèque Robert-Desnos et sur la dalle du Val Nord, pour exister dans des lieux du quotidien autant que dans des espaces culturels.

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marseille, 2025 : la mémoire par le son et le dessin

Au centre social La Maurelle, avec Maymouna Baradji et Myriam Rabah-Konaté, la mémoire du quartier s’est travaillée par l’enregistrement et le dessin. Le son recueille des voix, des ambiances et des fragments qui ne passent pas toujours par l’image ; le dessin recompose, fait réapparaître ce qui n’est plus là et ouvre une part de projection. Les enfants des Ruches ont aussi rencontré par les images ceux de la T.L., à Rocinha, et la photographe Fotogracria : « la galerie des ruches » croise les deux quartiers en quinze panneaux.

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melun, 2025 : imaginer l’avenir de la dalle

Sur la dalle de l’Almont, avec La Boussole, Au Milieu et Gygo, photographie argentique, prise de son, vidéo, dessin et cartographies sensibles ont servi à imaginer le réaménagement de la dalle à partir des usages et des désirs des habitant·es. Les cartes ont nourri l’implantation des potagers et des aménagements transitoires, et l’exposition « dalle, mon futur » s’est tenue en plein air sur la dalle et à La Boussole.

voir le site de l’Almont

rio de janeiro, 2025 : et si la favela était le musée ?

En haut de Rocinha, sur le terrain de la T.L., la photographe Fotogracria et les enfants du quartier ont mené des ateliers de photographie et de direction artistique. Les participant·es ont nommé leurs œuvres et choisi les récits qu’ils et elles voulaient construire. L’exposition, qui mêle leurs images et celles de l’artiste, a été collée dans toute la favela.

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argenteuil, 2026 : adresser des traces au futur, raconter par la matière

Avec « Capsules du futur », Maymouna Baradji propose de collecter et d’inventer des traces du quartier pour les adresser à d’autres personnes et à d’autres temps. Dessins, images, textes, objets et couches de plexiglas permettent de penser ensemble la mémoire et l’imagination.

« Cœur d’hibiscus », avec Massabielle Brun, part de la teinture, du tissu et d’un objet choisi par chaque participant·e. Les gestes de fabrication rencontrent les portraits et les archives familiales. La création ne représente pas seulement un récit : elle lui donne une matière, un usage et une manière d’être partagé.

Ces deux parcours sont pensés pour les quartiers Champagne et Val Sud. Leur mise en dialogue ouvre une question de composition : comment faire tenir ensemble des temporalités, des objets et des images sans effacer leur singularité ?

drancy, 2026 : une cité racontée par celles et ceux qui y vivent

À la Cité du Nord, née pour loger les cheminots du triage, le travail avec Myriam Rabah-Konaté s’est posé plusieurs mois au centre social municipal, de conversation en conversation. Les habitant·es ont validé les photographies et décidé de ce qui se racontait, dans quel ordre et jusqu’où. Leurs désaccords sur ce que la cité est devenue restent audibles dans l’exposition photographique et sonore « trains de vie ».

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rio de janeiro, 2026 : dix regards en argentique à maré

Né de la rencontre avec Arteviana, artiste de Maré, le projet a confié des appareils argentiques à dix jeunes du quartier. Chaque image est titrée et commentée par la personne qui l’a prise, dans sa langue et son registre. Les tirages ont d’abord été vus là où ils ont été faits, collés sur les murs de Maré.

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les ruches, 2026 : faire entendre et voir les couches du quartier

Le dossier des Ruches propose une résidence fondée sur la superposition des mémoires : archives institutionnelles, archives intimes et traces du présent.

La recherche visuelle et cartographique de Maymouna Baradji dialogue avec l’enquête, l’écoute et l’écriture de Myriam Rabah-Konaté. Dessins, transparences, cartes, photographies, voix et ambiances sont envisagés comme les éléments d’une proposition partagée.

La forme ne cherche pas à unifier toutes les mémoires. Elle peut conserver les écarts, les absences et les contradictions, et rendre perceptibles plusieurs façons d’éprouver un même territoire.

voir le projet mémoire, sur le site de Marseille

accompagner les artistes, ouvrir les pratiques

Créer avec un groupe ne revient pas à appliquer un atelier préparé à l’avance. Il faut pouvoir ouvrir une recherche, accueillir des contributions inattendues, adapter des gestes, partager certaines décisions et transformer les matières recueillies en une proposition exigeante.

mOst accompagne cette mise en relation. Selon les projets, le travail porte sur le contexte, les partenaires, les protocoles, les moyens de production, la transmission, l’édition et la restitution.

Pour des artistes émergent·es comme pour des artistes plus expérimenté·es, la résidence peut devenir un espace pour essayer une autre échelle de travail, rencontrer de nouveaux matériaux et éprouver une manière de composer avec d’autres. Nous ne présumons pas ce déplacement à l’avance : nous cherchons à lui donner des conditions et à en garder les traces.

une création commune n’efface pas les droits

La relation ne donne pas accès à tout. Une archive intime, une image ou une parole peut rester privée. Prendre part à la création n’oblige pas à être photographié·e, cité·e ou identifié·e publiquement.

Le partage des choix doit inclure la manière dont les productions seront montrées, créditées et conservées. Il doit également reconnaître que les personnes n’occupent pas toutes la même position et ne disposent pas des mêmes possibilités de décision.

Nous employons les mots auteur·rice et co-auteur·rice pour décrire une place active dans les récits et les formes. Les crédits et les conditions de diffusion de chaque œuvre doivent être précisés dans leur contexte, et non déduits automatiquement du mot « collectif ».

exposer fait encore partie de la création

L’exposition n’est pas seulement un moment de valorisation. Elle demande un nouveau travail : choisir des formats, des échelles, un ordre, des rapports entre les images, des lieux d’écoute et une place pour les textes.

Revenir dans le quartier permet aux créations de rencontrer celles et ceux qui les ont rendues possibles. Les faire circuler ailleurs peut ouvrir d’autres lectures, à condition de conserver leur contexte et leurs crédits.

Lorsque les personnes le souhaitent et que les conditions le permettent, elles peuvent aussi présenter leurs productions, expliquer un choix ou discuter avec les visiteurs. La restitution relie alors œuvre, transmission et hospitalité.

ce que nous cherchons à renouveler

Nous ne revendiquons pas une méthode qui produirait partout les mêmes effets. Nous cherchons des situations dans lesquelles la rencontre agit sur la création : sur ses matériaux, ses protocoles, la place des auteur·rices et les manières de rendre public.

Une résidence est d’autant plus intéressante qu’elle permet de reconnaître ces déplacements : un essai repris, une question reformulée, une forme modifiée, un montage discuté ou une nouvelle recherche ouverte.

Les quartiers populaires ne sont pas seulement des lieux où diffuser l’art. Ils sont des lieux où des formes se cherchent et se fabriquent.

Sources : dossiers de conception des résidences artistiques populaires « RAP Argenteuil 2024 » (p. 2 à 5), « résidence argenteuil 2026 » (p. 2 à 6) et « résidence les ruches 2026 » (p. 2 à 7), mOst. Les résidences de 2023 à 2026 sont décrites d’après le rapport d’activité 2025 de mOst et les fiches des projets.