projets

Au fil des années, mOst a stabilisé six grands formats de projet. Chacun a sa logique, sa temporalité, son ambition. Ils peuvent se combiner, et c’est souvent le cas – un documentaire peut naître d’une résidence, une archive vivante peut prolonger un Point de vue, un quartier du turfu peut s’inscrire dans un regards croisés. Distinguer ces formats permet de comprendre comment nous travaillons avec les partenaires de proximité, et ce que chaque projet engage du côté de la méthode, des médiums et de la restitution.

  • résidences artistiques populaires – la rencontre entre un·e artiste, un territoire et ses habitant·es
  • point de vue –  l’atelier-enquête qui croise éducation artistique et éducation aux médias
  • regards croisés – la mise en dialogue de territoires populaires entre eux
  • quartier du turfu –  la projection collective vers le futur d’un quartier
  • archives vivantes –  la mémoire fabriquée avec les habitant·es, contre l’effacement
  • documentaire vidéo – un film d’auteur·rices, co-écrit avec les participant·es

restitutions

Pour Mon oeil sur terre, la restitution n’est pas seulement le moment final d’un projet. Elle constitue un acte artistique, social et politique à part entière. Restituer, ce n’est pas simplement montrer ce qui a été produit en atelier : c’est faire exister publiquement des récits, des images, des paroles et des mémoires qui restent souvent invisibles dans l’espace public ou dans les représentations dominantes des quartiers populaires.

Les restitutions de mOst prennent des formes multiples : expositions en espace public, installations dans les structures partenaires, projections de films, écoutes sonores, éditions, sites internet, cartographies sensibles, parcours dans le quartier, vernissages et temps de discussion. Elles prolongent le travail mené avec les participants en donnant une valeur publique à leurs créations. Elles permettent aux habitants de voir leur territoire raconté depuis l’intérieur, par celles et ceux qui le vivent, le traversent, l’habitent et le transforment au quotidien.

Dans la méthode de mOst, les participants ne sont pas uniquement invités à produire des images ou des sons. Ils sont aussi associés aux choix de restitution : sélectionner les photographies, écrire les légendes, contextualiser les œuvres, décider ce qui doit être montré, penser l’agencement, participer à l’accrochage, présenter le projet aux visiteurs. La restitution devient ainsi un espace d’apprentissage de la médiation culturelle, du regard critique, de l’écriture, de la prise de parole et de la délibération collective. C’est tout le processus, de la création à la présentation publique, qui fait partie intégrante des ateliers.

L’espace public occupe une place centrale dans cette démarche. Exposer dehors, sur une dalle, au pied des immeubles, dans une maison de quartier, une médiathèque, une rue ou un lieu de passage, c’est refuser que la culture reste séparée des lieux de vie. C’est aller vers les habitants là où ils sont. C’est aussi transformer temporairement le quartier en lieu d’exposition, de rencontre et de reconnaissance. Les restitutions permettent ainsi de toucher les participants directs, mais aussi les familles, les habitants rencontrés pendant les micros-trottoirs, les passants, les partenaires et les personnes qui ne fréquentent pas nécessairement les lieux culturels.

Depuis les premiers projets structurants de mOst, les restitutions ont toujours été pensées comme des formes de diffusion accessibles. En 2022, les premières résidences en Île-de-France ont déjà posé cette méthode : à Argenteuil, le projet « Point de vue » a donné lieu à une exposition multi-sites dans le quartier, à la fois en espace public, au Colporteur et à la Maison de quartier des Coteaux, ainsi qu’à un site internet et un film. La même année, à Bagnolet, les ateliers autour du sport ont abouti à une exposition multi-sites entre la Capsulerie, la Noue et le parc Jean-Moulin – Les Guilands, tandis qu’au Petit Nanterre, l’exposition en espace public associait photographies, légendes et QR codes donnant accès à des mini-podcasts où les anciens racontaient l’évolution du quartier.

En 2023, cette logique s’est amplifiée avec des restitutions plus nombreuses et plus variées : projections documentaires, expositions multi-sites, formes sonores, écritures de quartier, restitutions en intérieur et en extérieur. À Nanterre, le film « Les visages du Petit Nanterre » a été diffusé et accompagné de visuels installés dans le quartier afin de rendre le travail accessible au plus grand nombre. Sur Chemin de l’Île, les ateliers photo et son ont mené à une exposition multi-sites dans l’espace public et dans les structures partenaires. À Montreuil, les premières actions avec le Centre social du Grand Air ont également abouti à une exposition dans les quartiers et dans les locaux du partenaire.

L’année 2024 a marqué une étape de consolidation. Les restitutions sont devenues l’un des signes forts de la montée en cohérence de mOst : elles ne sont plus seulement des fins de projet, mais des outils de circulation des récits entre territoires. Les rapports de cette année mettent en avant une démarche fondée sur la co-création, les droits culturels, la participation habitante et la reconnaissance des habitants comme co-auteurs, co-éditeurs et parfois co-curateurs des expositions et archives produites. Les restitutions ont alors pris la forme d’expositions, de films, d’éditions, de mises en récit en ligne et d’installations dans l’espace public, avec une ambition claire : faire des quartiers populaires des lieux de culture, de mémoire et de production de récits.

En 2025, cette orientation s’est poursuivie et approfondie. À Melun, le projet « Imagine ton quartier » a donné lieu à une exposition à l’air libre sur la dalle de l’Almont et à La Boussole, en valorisant les photographies, les cartographies, les dessins, les paroles et les projections des habitants sur le futur de leur quartier. À Argenteuil, les projets menés dans le cadre de la Résidence artistique populaire ont abouti à plusieurs temps de restitution publique, notamment au Musée Sauvage et dans les quartiers, ainsi qu’à la préparation d’une édition du projet prévue pour prolonger la mémoire des ateliers. À Bagnolet, Montreuil, Nanterre, Vernon ou encore dans les projets internationaux, les restitutions continuent de prendre des formes adaptées aux territoires : expositions participatives, parcours photographiques, projections, éditions, installations sonores, accrochages en espace public ou présentations dans les structures partenaires.

Ainsi, l’histoire des restitutions chez mOst est celle d’un élargissement progressif : d’abord des expositions de quartier et des projections locales, puis des dispositifs multi-sites, des parcours en espace public, des restitutions sonores, des sites internet, des films, des éditions et des circulations internationales. Mais l’esprit reste le même depuis le début : restituer pour rendre visible, restituer pour transmettre, restituer pour reconnaître la valeur des regards habitants.

Les restitutions sont donc des moments de clôture, mais aussi des points de départ. Elles ouvrent des discussions, elles créent de la fierté, elles renforcent le lien entre les participants, les familles, les structures partenaires et les habitants. Elles laissent des traces matérielles et symboliques : des images, des textes, des sons, des films, des archives vivantes. Elles permettent aux territoires populaires d’apparaître non pas comme des espaces racontés de l’extérieur, mais comme des lieux de création, de mémoire, d’intelligence collective et d’invention culturelle.

 

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